[RPS] Salariés d'un côté, employeurs de l'autre : le mauvais découpage



⚖️ Dernier focus sur « Le rapport enterré » de Noémie Guerrin — avec peut-être son idée la plus importante.

Pourquoi un rapport parlementaire sur la souffrance psychique au travail finit-il au placard, dans un pays qui a fait de la santé mentale une grande cause nationale deux années de suite ? La réponse de l'autrice n'est ni l'indifférence ni la malveillance : c'est le découpage du sujet.

 La souffrance au travail est encore traitée comme un affrontement — celle des salariés d'un côté, les intérêts des employeurs de l'autre, chacun réfutant les arguments de l'autre camp. Noémie Guerrin en tire la conséquence : « Tant que la souffrance au travail sera découpée selon une fonction, un grade, chaque camp enterrera le rapport de l'autre, et il ne se passera rien. » (Le rapport enterré, p. 5)

 Or ce découpage ne correspond à rien de réel :

  • le dirigeant de TPE qui travaille plus de 50 heures par semaine et dort 6h20 par nuit ;
  • l'élu local en épuisement ;
  • le manager de proximité qui absorbe la pression d'en haut et la détresse d'en bas…

La souffrance circule dans toute l'organisation, sans présenter son badge.

Quand celui qui organise le travail s'effondre, ce sont les conditions de travail de tous les autres qui se dégradent. La santé des uns et la santé des autres ne sont pas deux causes concurrentes : c'est un seul et même sujet.

C’est sans doute la seule voie de sortie de l'impasse : non pas choisir entre la protection des uns et la performance des autres, mais reconnaître qu'elles se conditionnent mutuellement. Le sujet ne sera jamais traité tant qu'on le regardera de chaque côté de la barricade. 

Changeons de côté : regardons l'organisation du travail elle-même.

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